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 CursusMundi

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L'art de la synthèse, la culture de l'honnête homme. Site animé par Guy Perrin et Nicolas Léger


Europe, Brexit et Pschit ?

Publié par Nicolas LEGER sur 22 Août 2016, 17:25pm

Europe, Brexit et Pschit ?

Par Guy Perrin

“Brexit cela veut dire Brexit” : cette ligne directrice a été adoptée par Theresa May dès avant sa désignation comme Premier Ministre, reprise comme une antienne par tous les politiques anglais. Et cela n'est rien de plus qu'une tautologie...Politique ! Il est en effet bien évident, contrairement à quelques inepties médiatiques et émotionnelles des premiers jours, que l'on ne déclenche pas la “bombe atomique référendaire” en vain ! Le Peuple Souverain a légiféré directement : au-dessus il n'y a rien, et sa loi ne peut rester de nul effet...

Mais le peuple souverain lui-même ne peut modifier dans l'instant toute la réalité et en lui la puissance et l' acte ne s'équivalent pas : c'est sa différence avec Dieu, en somme ! La question est donc légitime, qui consiste à tenter de cerner les différences réelles qu'il y aura avant et après le Brexit. Ces différences concernent tant les rapports Grande-Bretagne-Union que la conception de l'Europe, et c'est là notre double objet.

Dans un premier temps, il faut se garder de trois dangers : le pathos, très présent dans les médias, cultivé par moults Européens expatriés en Grande-Bretagne, sur l'avenir assombri, le rêve effondré, et toute cette sorte de choses... L'optimisme benoît ensuite et symétriquement : le Brexit sera la formidable occasion d'un sursaut, d'un ressaut en direction des États-Unis d'Europe, moins nombreux mais plus unis. Ainsi prêchent les fédéralistes, qui voient dans l'échec une ruse de la Raison, dans les malheurs des temps le rapprochement de la Parousie ! Mais bien sûr... Enfin, il y a la joie mauvaise, que l'on trouve aux extrêmes : en avant vers la liberté des peuples, une fois crevé le Mordor européen capitaliste, supra-national, atlantiste ! Ces trois attitudes sont à la fois peu réalistes et/ou dangereuses pour l'idée d'Europe, soit qu'elles conduisent à en désespérer, à surenchérir dans le vide, ou à la saborder. Mais que répondre ?

En fait, il n'apparaît nullement acquis que le vote du 23 Juin fasse figure dans l'avenir d'événement historique. Il sera plus certainement la date d'un retour au réel, d'une appréhension par l'Europe de sa complexité. Déjà repoussé à fin 2017-2019, le processus du Brexit sera peut-être l'occasion, pour les pays de l'Europe démocratique et développée de percevoir la difficulté à se passer les uns des autres. On peut toujours dissoudre les liens inter-européens, mais ce serait risquer de grands dommages. Dès lors, apprendrons-nous à développer lesdits liens en d'autres formules que l'alternative, devenue stérile, du fédéralisme et du souverainisme ? A quelques conditions politiques, c'est bien là l'espoir qui peut surgir de la situation actuelle...

Sous ces conditions, nous risquons donc ici une double hypothèse, pour paradoxale et audacieuse qu'elle paraisse. C'est le Brexit qui va faire pschit : peu changera des rapports Grande-Bretagne-Union Européenne. Et il faut tenir ensemble cette assertion et celle du départ, qu'un référendum ne peut rester sans effets ! Beaucoup changera de l'Union, qui ne convergera plus vers l'aube radieuse d'un fédéralisme à l'américaine : mais cela ne sera nullement un échec, mais au contraire une nouvelle respiration !

BREXIT : LES SURPRISES D'UNE SORTIE

Cela a été beaucoup dit et est évidemment vrai : le Brexit ressortit à une dynamique centre-périphérie. Il a vu s'opposer Ecosse et Angleterre, jeunes et vieux, villes contre campagnes, instruits et non-instruits, aisés-insiders contre moins ou pas favorisés. Les forces “populistes” ont su exploiter les mécontentements, notamment cette figure de la négativité qu'est Nigel Farage, leader de l'UKIP (Parti de l'Indépendance du Royaume-Uni), démissionnaire au lendemain de sa victoire ! Les guillemets s'imposent car l'on a vite fait de commettre l'erreur de la transposition. Populistes ils sont en leur cris contre le néant délétère des élites, leur appel au peuple, non-corrompu, dépositaire de l'être national. Ils partagent avec le reste des droites dures européennes la peur ou la phobie des immigrants. Mais cela s'arrête à ces criailleries ! L'Ukip, dont on consultera avec intérêt le site programmatique, n'a pas voulu faire groupe au Parlement Européen avec le Front National. C'est un parti absolument et résolument libéral : pour la “flat tax”, la réduction des impôts et du poids de l'Etat, et surtout... Totalement libre-échangiste, qui prône l'établissement avec l'Union d'accords excluant toute taxe aux frontières ! L'Ukip, parti à objet unique, survivra-t-il d'ailleurs à sa réalisation ? Il y a donc peu de commune mesure entre Brexiters et ce que ferait au pouvoir un parti comme le Front National, qui affiche des options protectionnistes, dirigistes, aux frontières mouvantes du souverainisme et du nationalisme ! Aucune force en Grande-Bretagne ne pratique donc l'idéologie du “ourselves alone”, du protectionnisme même “intelligent” : un divorce... De raison s'annonce, où l'on reste en contact, preuve, d'ailleurs, que la relation n'a jamais été torride ! Du côté des Européens, les “punitifs” des premiers jours ont presque immédiatement disparu : il est vrai qu'il y a mieux que le revanchisme anti-perfide Albion pour faire de nouveau, un jour, aimer l'Europe !

THE ECONOMY, NUTS !

Ajoutons que nécessité fait loi : où la Grande-Bretagne trouvera-t-elle un substitut au débouché de presque la moitié de ses exportations ? Évoquer le Commonwealth est une plaisanterie, tant les différences de structure, les hiatus de développement et/ou de taille des marchés sont grands ! Et l'Europe, surtout les grands pays, se priverait du débouché anglais, des mille et un liens d'investissement qui unissent le Royaume-Uni et le continent ?

Plus probante encore est la situation financière : plus de 40 % des transactions financières en Euro ont lieu à Londres. On a bien vu se précipiter quelques ministres pour le partage des dépouilles de la City, quelques agents immobiliers préparer l'exode en masse des banquiers, terrorisés par la fureur des brexiters, vers les triplex de l'avenue Foch ! Mais ces espoirs feront -ont fait ?- pschit eux aussi : c'est peu dire qu'ils étaient naïfs ! Il y a en la City un choix du marché, lié à la force d'une place financière, à toute ses capacités d'ingéniérie qui sont une vitesse acquise. Et il y a aussi les armes fiscale, réglementaire : le gouvernement britannique a déjà avancé des propositions de baisse d'impôts sur le secteur financier pour garder ses opérateurs. Quant à la baisse de la livre, elle n'est pas qu'un inconvénient pour le pays, et l'on ne sait si elle se prolongera. Celle des loyers, preuve de l'exode, a atteint... Huit Euros en moyenne à Londres ! Il est plus que probable que la Grande-Bretagne demeure attractive aux investisseurs, comme aux financiers. Il est improbable que le reste de l'Europe se lance dans une guerre au dumping fiscal ou taxe les opérations faites à l'extérieur : cela serait trop dangereux pour tout le monde !

Le nouvel accord qui liera le pays sortant à l'Union fera donc presque certainement de la Grande-Bretagne un membre de l'Espace Économique Européen, où la Norvège, l'Islande et le Lichtenstein auront une nouvelle camarade de jeux, dans la cour des “in mais out” ! Cela a été envisagé par de nombreux analystes, mais on s'est peu avisé du formidable “tout cela pour cela” que cela représente. Voilà en effet un pays, le Royaume-Uni, qui avait obtenu de l'Union en date du 19/02/2016 un accord tout-à-fait extraordinaire du droit commun. Déjà non-membre de l'Euroland, puisque “l'opt-out option” lui avait permis de ratifier Maastricht... Sans la monnaie unique ; déjà, à la différence de la Suisse, non-Schengen, David Cameron avait été en plus dispensé de “l'union politique toujours plus étroite”, objectif même du traité de Rome ; avait obtenu le droit de réglementer ses banques ; avait enfin été autorisé à ne faire bénéficier de droits sociaux les immigrants qu'au bout de quatre ans de présence. Voilà donc un pays qui se retrouve, post-Brexit, à négocier, pour sauvegarder ses intérêts, une position nécessairement fort proche à celle qu'il avait obtenue pre-Brexit ! Qui ne gagnera rien en termes de souveraineté qu'il n'ait déjà eu... Dont l'économie de contribution au budget de l'Union sera faible car il faut la calculer au net des subventions et aides, et de leurs effets non-chiffrés. C'est ainsi que le nouveau Cabinet a déjà annoncé qu'il se “substituerait” à Bruxelles pour les aides agricoles. En revanche, tout comme la Norvège, la Grande-Bretagne, dans ses relations économiques avec l'Union, devra appliquer nombres de règlements, normes et décisions de celle-ci, mais sans plus participer à leur élaboration ! Choix démocratiquement respectable ne signifie donc pas nécessairement avisé !

DELA DE L'ECONOMIQUE : LE DROIT DES GENS A VENIR ET RESTER

L'Union Européenne, c'est, fondamentalement, “quatre libertés” de mouvement : biens services capitaux, pour lesquelles il devrait donc y avoir peu de changement entre la Grande-Bretagne et l'Union. Reste celle des gens : la campagne du Brexit a décollé lorsqu'elle s'est mise à agiter la peur des migrants. La politique vis-à-vis des extra-communautaires sera peut-être durcie... Mais ces entrées représentent 44% de l'émigration nette, qui est elle-même de 330 000 personnes, soit 0,5% de la population. 43% des migrants viennent de l'Union -et 27% du total viennent pour “études”... Les marges de manœuvre ne sont donc pas énormes pour une réduction, qui présenterait peu d'intérêt, voire un danger pour certains segments du marché du travail, un cas typique en étant la finance, et un autre les emplois de service peu qualifiés ! En imaginant même, ce qui semble peu probable, que la Grande-Bretagne inflige une procédure plus contraignante d'accès aux ressortissants de l'Union on ne verra certainement pas une remise en cause radicale de la “quatrième liberté”, au moins pour eux. L'accord sur Calais avec la France, antérieur au Brexit, ne montrait-il pas un cap déjà visé de durcissement -et dès lors quid novi ?

Les changements induits par le Brexit vis-à-vis de l'Europe ne sont donc pas à chercher dans la sphère matérielle et économique, ni même en matière migratoire, mais bien plutôt du côté politique. Ils concerneront sans doute la structure même de l'Union : probablement allons-nous vers une Europe à géométrie bien plus variable.

LES CONSÉQUENCES DU BREXIT SUR LES CONCEPTIONS POLITIQUES DE L'UNION EUROPÉENNE. LE RISQUE POPULISTE

“They did it” ! Ils l'ont fait s'est exclamée l'opinion publique surprise, en Europe comme en Grande-Bretagne d'ailleurs, où quelques ingénu(e)s expliquaient avoir voté “out” sans vraiment souhaiter ni croire qu'il l'emporte ! Eh bien si ! Cela ouvre de toute évidence une possibilité, un précédent, absolument impensable avant que David Cameron décide d'un référendum. Par parenthèse, critiquer le choix référendaire du Premier Ministre ressortit soit à un mépris élitiste du peuple souverain, soit à l'illusion que l'on peut construire une Europe idéale sans trop l'expliquer à celui-ci. Nous ajouterions volontiers que c'est aussi dédaigner bien à tort et bien à contre-temps le courage en politique... Donc on peut sortir de l'Union, et, dans de nombreux pays, des forces politiques en pleine ascension y poussent ! Le Brexit fera tache d'huile si les droites populistes et nationalistes parviennent au pouvoir, ou à exercer suffisamment d'influence... Mais ce serait alors avec une tout autre idéologie que celle de l'UKIP, non pas libérale, mais ultraconservatrice, protectionniste, décidée à défendre les préférences nationales et à rétablir toutes les frontières. Ces droites, qui ont connu un grand succès aux élections européennes de 2015, influencent dores et déjà les opinions publiques, et obligent les autres partis à prendre en compte les aspirations et peurs qu'elles relaient. Le vote pro-Brexit lui-même intégrait un cri de haine contre les élites, au-delà même du rationnel. Ainsi des études britanniques ont montré sa puissance dans des régions d'Angleterre où l'Union apportait le plus d'avantages ou de subventions !

Le précédent de la sortie britannique est donc lourd de conséquences potentielles, bien au-delà du cas britannique. Elles seraient d'ailleurs si grandes pour de petits pays -comme les 8 de l'Est entrés en 2004- qu'il est, là aussi, probable qu'ils voudraient le in mais out, si toutefois leurs opinions publiques acceptaient même de sauter le pas ! Mais cela est vu d'aujourd'hui, et on ne peut sous-estimer l'emballement futur de la machine avec le carburant du nationalisme. Nous n'en sommes pas là... Mais en sommes-nous si loin ? Les sorties en cascade enclencheraient un scénario européen du type des années Trente, dont nous sépare encore aujourd'hui, précisément, l'Union Européenne et l'ouverture économique, la symbolique encore efficace de solidarité et de paix qu'elle induit... Pour le reste, la déflation du continent, la montée des menaces militaires classiques ou de type nouveau, les dérives de certains voisins nous en rapprocheraient plutôt ! Que faire alors ?

FENÊTRE D’OPPORTUNITÉ

Au fond, ce que le Brexit aura ouvert sera sans doute une fenêtre d'opportunité : un moment où il aura été possible d'éviter la catastrophe finale de l'explosion de l'Europe. Mais si cela advient, cela ne sera qu'à travers une transformation de l'Europe. En effet, c'est d'une profonde insatisfaction quant à son fonctionnement, d'une illusion de départ sur sa structure possible, d'un sentiment de son inutilité que vient son rejet. De telles critiques, justifiées, font conclure à de nombreuses forces politiques qu'il faut jeter le bébé avec l'eau du bain, pratiquer le tout ou rien, se débarrasser de l'Europe -sous le prétexte d'en construire une toute neuve, ou de “faire l'Europe à la carte”, mais cela cache mal qu'elle serait alors réduite à peau de chagrin ! Il faut sans doute, tout au contraire, maintenir mais infléchir.

FONCTIONNEMENT DE L'EUROPE : UNE FRUSTRANTE INEPTIE

Ce dernier propos s'éclaire tout particulièrement au sujet du fonctionnement économique de l'Europe. C'est en effet cela qui la fait apparaître pour punitive : rabrouant les uns pour déficit excessif, pressant de faire des réformes qui sont autant de pensums, elle n'aide même pas à ce que les pays sortent de la crise de manière franche et indiscutable ! Or cela est aussi politique : voire des fonctionnaires non-élus -la Commission- approuver, ou retoquer leur budget aux Etats démocratiques est quelque peu sidérant, surtout si l'on songe que les parlements ont été d'abord inventés -par les Anglais !- et imposés aux princes pour consentir à l'impôt, et contrôler la destination de l'argent des sujets ! Il ne s'agit pas cependant de la énième proclamation anti-Bruxelles. “Bruxelles” n' est pour rien dans ce que nous avons voulu et accepté, voté et ratifié ! Maastricht a inauguré pour créer l'Euro une logique anti-inflation, finalement déflationniste -et les critères en sont applicables via les pactes de stabilité à toute l'Europe. Il ne s'agit pas non plus d'un appel à benoitement “en sortir”. La fenêtre d'opportunité est précisément là : nous avons besoin, de règles communes de fonctionnement budgétaires, economique et monétaire -nous nous en expliquerons dans une prochaine livraison. Il est on ne peut plus utile de limiter le recours au déficit budgétaire aux seuls cas où les Etats en ont besoin. L'Europe a posé des règles, tant mieux ! Mais ce ne sont pas les bonnes et il faut les changer ! Pour ne considérer que les seules normes de déficit, voilà qu'en pleine crise il faut ramer en forçats pour revenir à l'équilibre entrées-dépenses, au mépris complet de la croissance et de l'emploi. Mais c'est de l'inverse dont nous avons besoin : une norme qui gage ce retour à l'équilibre à celui de la croissance ! Lorsque celle-ci est là -cela s'exprime en termes techniques lorsque nous sommes au “PIB potentiel”, maximum- nous n'avons nul besoin d'un déficit, et l’État doit en effet se contraindre par traité à revenir à l'équilibre voire l'excédent. Cela éviterait à la France, par exemple, la symétrique ineptie de présenter pendant quarante-deux ans de suite un déficit budgétaire !

Cette discussion peut sembler technique mais elle est le cœur même du débat : c'est parce que l'Europe reflète et amplifie l'illusion libérale qui habite les élites de gouvernement qu'elle est désormais méprisée. Elle a substitué au gouvernement des hommes l'administration des choses, selon l'ancienne et si sotte utopie que celle-ci iront leur train vers l'harmonie et l'équilibre ! L'opinion publique, quant à elle, n'est pas si sotte, et voit les promesses non-tenues de l'austérité cultivée pour elle-même, les empêtrements et les horreurs de la déflation ! Et même si nous sortions de cette crise, quid de la prochaine ? Il n'y a donc rien d'autre à faire que de subir le cycle ? Non, rien, semble répondre ostensiblement l'Europe. Dès lors, les démagogies symétriques des droites et des gauches extrêmes, l'immobilisme de la pensée et donc de l'action des forces de gouvernement à propos de cet aspect de l'Europe mènent celle-ci au désastre, c'est-à-dire aux replis nationaux. Or elle serait réformable, pour peu qu'on le veuille, armé d'une autre idée de ce qu'elle peut apporter. Avant même les grands envols lyriques, une institution est jugée sur ce à quoi elle sert, et un tel pragmatisme n'est pas de si mauvais aloi.

UNE STRUCTURE POLITIQUE A RÉORIENTER : MORT DE L'EUROPE FÉDÉRALE ?

Le même genre de raisonnement peut être conduit pour l'Europe politique. Le Brexit semble sonner la mort d'une Europe qui eût convergé vers le fédéralisme, à la fin d'une histoire déterminée. Or, les pères fondateurs envisageaient une “union politique toujours plus étroite”, formule vague et qui peut se concrétiser de bien des manières. Usons donc des souplesses du Traité de Rome ! Dans notre première livraison, nous insistions sur les critères d'admission, étroitement techniques et économistes, insuffisants pour inclure une vision géopolitique. Depuis, les événements, rapides, ont montré l'urgence d'une telle vision, à travers notamment les évolutions de la Turquie, ou, bien sûr, la crise des migrants. Pour cette dernière il importerait ainsi que fussent restabilisées et la Syrie et la Libye... L'ensemble de ces faits permet de comprendre deux choses : d'une part que l'Europe peut être indispensable, car certaines situations exigent que tous ses membres soient impliqués, si l'on veut l'efficacité. Ainsi en va-t-il de l'accord sur les migrants avec la Turquie : financement par l'U.E contre rétention turque des migrants, accès facilité des citoyens turcs au territoire de l'Union. Ainsi encore de Frontex, gestion commune des frontières, qui semble pouvoir se “fédéraliser” après le sommet de Ventotene du 22 Août : enfin, on peut l'espérer, les pays maritimes du Sud, Italie et Grèce surtout, ne seront plus laissés à eux-mêmes dans la gestion de “l'accueil” des migrants. Mais d'autre part, de nombreuses nécessités ne peuvent être traitées que sur le mode de l'inter-gouvernemental, par accords spécifiques entre pays, et non via le fédéralisme. Ainsi des actions militaires, en Libye par exemple. Il n'y aura pas d'armée européenne, mais certains pays qui décideront d'intégrer davantage leur fonctionnement militaire, voire collaboreront au coup par coup : coopération renforcée ou inter-gouvernementalité. C'est d'ailleurs un aspect qui intéresse la Grande-Bretagne depuis 2003 et le sommet de Saint-Malo. Ainsi encore des quotas de migrants : on ne peut décider une répartition automatique, par quotas. Cela reviendrait en effet à forcer des pays à accepter des populations sur leur sol. On peut à la fois être pour l'accueil, admettre que l'Europe en pose le principe, et contre une tel forçage, anti-démocratique et violant la plus élémentaire souveraineté ! Ici encore, donc, l'Europe est indispensable, mais elle est par trop jacobine. Elle devra accepter des modes d'appartenance différenciée à des politiques, et même à des sous-ensembles choisis par les pays. Cela ne suppose pas de liquider les institutions actuelles, mais sans doute de ré-affirmer quelques missions essentielles : économiques et monétaires -si on réforme les pratiques- de sécurité aux frontières et de collaboration polices-systèmes judiciaires... Pour le reste, il faut sans doute ouvrir en grand la porte des coopérations renforcées, comme nous le signalions à plus haut ainsi qu'à notre première livraison. Il faut aussi probablement admettre que nombres de réalisations passeront par des accords intergouvernementaux, auxquelles on peut imaginer que l'Europe apporte son aval, voire les favorise.. Donnons quelques exemples...

L'Italie propose de constituer un système européen d'indemnisation des chômeurs, ce serait comme un embryon d'une Europe sociale. Mais si cela doit se faire, il faut une sérieuse harmonisation des droits à chômage : seuls certains pays pourraient vouloir s'engager dans un tel processus, et cela pourrait faire l'objet d'une coopération renforcée. Si l'on ne change pas les règles concernant celles-ci, possibles avec un minimum de huit Etats, alors on pourrait envisager un traité inter-gouvernemental. Il est sans doute vain de croire qu'un jour, toute l'Europe y adhérerait. Mais pourquoi serait-ce nécessaire ? Les accords intergouvernementaux semblent d'ailleurs prévaloir en matière de défense, comme de collaboration et d'échanges d'informations : dès 2005 le traité de Prüm montrait la voie. Il s'agissait notamment d'échanges renforcés de données pour lutter contre le crime et le terrorisme...Ce traité a eu un effet d'entraînement, ses membres passant de 7 à 13. L'Union pourrait reconnaître de tels accords, ou, par exemple, en devenir membre “observateur”. Enfin certains Etats sont “Schengen”, d'autres non, d'autres encore en sont membres qui ne sont pas dans l'U.E, comme l'Islande ou la Norvège. Cet accord est, comme tel, le modèle structurel de ce que pourrait être l'Europe future. Cela n'est pas contradictoire avec le fait que, de toute évidence, il devra être renégocié. Pour respecter la souveraineté des États, il faudra soit le réduire aux nationaux des membres signataires , soit réduire la liberté d'installation aux personnes demeurant dans les pays qui auront harmonisé leurs règles d'admission au séjour.

PORTRAIT D'UNE EUROPE ENCORE INAPPROCHABLE

Différenciation, réponse aux attentes, admission des nations comme des faits indépassables seront peut-être les nouveaux mots-clés de l'Europe future. Cela signifierait que la leçon du Brexit serait la suivante : la reconnaissance d'une pluralité de modes d'appartenance à l'Europe. La Grande-Bretagne ne va certainement pas “prendre le large”, mais l'Europe certainement pas devenir les États-Unis du Vieux Monde. On a vite fait d'incriminer l'Union, mais sa présence est de fait nécessaire pour un ensemble de raisons économiques mais aussi politiques. Ce sont ses pratiques qui doivent muter afin qu'elle apparaisse comme une puissance d'appui. Cela suppose peut-être de l'organiser en multiples cercles, chaque pays choisissant auxquels appartenir. Ce n'est pas l'Europe à la carte, qui ne désigne dans l'esprit de ceux qui usent du mot que la simple Europe inter-gouvernementale. Ce serait plutôt l'Europe complexe , prix à payer pour sauver -et encore n'est-ce pas garanti !- la notion même d'Union du continent.

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