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 CursusMundi

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L'art de la synthèse, la culture de l'honnête homme. Site animé par Guy Perrin et Nicolas Léger


Ailleurs et d'ailleurs: les trois sectes et les voies/x de la Raison

Publié par Hippolyte Feillens sur 1 Février 2017, 20:31pm

Réflexion politique en deux temps !

(I) Pamphlet et protestation. Présidentielle 2017 : les Trois Sectes et les voies/x de la Raison

(II) Retour au réel et questionnement. Présidentielle 2017 : de quelques problématiques orphelines

[ Il va sans dire, mais encore mieux en le disant, que les articles publiés dans cette section n'engagent que leurs auteurs.]

(I)

C'est finalement plutôt simple : la présidentielle 2017 s'annonce comme une tentative de trois blocs, véritables icebergs idéologiques, d'aborder la France afin de la mieux congeler ! Pensée toute faite assénée sur le mode de la prophétie décliniste, sûres recettes sans alternative, et surtout caractère univoque, plaqué sur le réel, de la proposition : c'est bien sur le mode de la Secte que nous parlent les représentants de ces monolithes...Secte, de secare : couper, séparer ! Cela ne paraît laisser qu'une voie étroite au choix de la Raison, celle qui au contraire relit pour mieux relier. Relire, c'est montrer la suffisance et l'insuffisance des Trois Sectes. C'est l'examen de leurs programmes, le travail du discernement en politique. Puis c'est quitter ces chemins assurés du désastre, pour relier par les voies/x de la Raison : par l'examen attentif de problématiques urgentes, même si elles sont peu débattues.

 

Secte Rouge ou marxiste (I ): du contrôle social

Voici donc, par ordre d'apparition à l'écran, tout d'abord la Secte Rouge, ou marxiste ! Certes, après quelques efforts de communication, elle a l'air moins revêche qu'avant... Mais son vieux fond pointe, sa nocivité perce ! Son programme a pour maître mot “planification”, et elle nous emmène tout droit vers la société du contrôle social maximal. Dans l'isolement : seront “re-négociés” les traités européens, avec une optique protectionniste. C'est le refus du Partenariat Transatlantique, en fait du libre-échange. En réalité, on sortira de l'Europe tout comme de l'OTAN. Planifiées la transition énergétique d'ici 2050, et la “règle verte” : ne pas “pas s'engager dans une voie où l'on dépense plus que ce qui peut se reconstituer”. Cette règle est vue comme le paradigme marxiste renouvelé, “l'écosocialisme”. Le pouvoir s'occuperait même de “réduire la part carnée” de notre alimentation...C'est, à vrai dire, de Secte Rouge-Verte qu'il convient de parler.

Outre la main sur les grands secteurs économiques, l'orientation de l'investissement avec un “pôle public bancaire”, on prévoit l'euthanasie -fiscale !- des riches : un impôt confiscatoire au-delà de 400 000 Euros de revenu annuels, 20 fois le revenu médian. C'est qu'il faut financer le tout, qui est “packagé” dans le social : SMIC à 1300 Euros, obligation de donner aux chômeurs un travail d'intérêt général...

 

URSS gentille

C'est en fait un projet de ré-orientation totale de notre société par l'Etat planificateur qui est ici subrepticement énoncé : le rêve d'une URSS gentille... L'Etat est encore et toujours pensé comme une entité bienveillante, omnisciente -capable, par exemple, de savoir “ce qui peut se reconstituer”, et notre clair intérêt mieux que nous-mêmes ! Evidemment, comme l'ont montré économistes et sociologues, mais aussi toute l'histoire du XXème siècle, cela n'existe pas ! Le fait de planifier sur le long terme donne aussitôt au planificateur un immense pouvoir... L'Etat devient le réseau de ceux qui savent et décident, l'attributeur des ressources aux secteurs prioritaires. Ceux qui le dirigent, maîtres de facto de l'essentiel des ressources, se forment en caste, en pouvoir fort : en Nomenklatura ? Appelons-la, ce sera plus moderne et... Plus français, la Technoklatura !

 

Illusions retrouvées

Mais il y a plus : la planification n'a aucune chance d'être rationnelle ni de fonctionner. Elle avance en effet dans son propre brouillard : rien ne la guide si ce n'est la volonté du planificateur ! Ainsi, elle est bien incapable de fixer de vrais prix : comment se substituer au jeu de l'offre et de la demande ? Comment connaître la demande ? Et comment calculer des coûts de production ? L'avancée vers des énergies non-fossiles en est un exemple : comment savoir quel mix énergétique nouveau est le plus approprié, si l'on n'a pas de prix libres -qui reflètent l'avancement et le coût des technologies, et la rencontre avec la demande ? Autrement dit, la planification joue à colin-maillard. Choisissant à la place de la société, avec une réversibilité extrêmement difficile, elle est une tentative gauche et inutile de se substituer au marché. Il faut évidemment que celui-ci soit encadré, nullement laissé à lui-même, bénéficie d'incitations, ce qui est tout autre chose que le Plan. Voyons cela...

 

Précaution privation !

Le programme de la Secte Rouge-Verte prévoit ainsi un maxi-principe de précaution avec la “règle verte”. Mais, dans de très nombreux cas, l'on est bien incapable, aujourd'hui, de se passer des “ressources qui ne peuvent se reconstituer” - si même on peut désigner lesquelles elles sont. Dès lors, on risque de ne plus rien “dépenser”, de réduire au maximum l'usage de la nature. Cela ne signifie rien d'autre que l'idéologie, tout-à-fait autoritaire, de la décroissance!

Certes, il n'y a pas d'alternative: il faudra bien économiser les ressources, sauf à riquer des catastrophes -la forêt, l'eau, la ressource halieutique etc. Ou leur substituer quelque chose. Mais on ne le pourra qu'avec de la technologie -le cadastrage et la gestion des forêts, le filtrage d'eau de mer et la gestion des nappes, le poisson d'élevage. Seuls la recherche-développement, la correspondance à une demande évolutive et des institutions incitatives le permettront avec... D'énormes investissements.

Cependant, outre que ces investissements sont, à eux tous, hors de portée d'un Etat, fût-il planificateur, l'optique qui consiste à réduire, à décroître, les rendra impossibles ! Comment les financera-ton sans croissance ? Et qui ne voit l'autoritarisme foncier du discours de privation de la Secte, qui se pare de la nécessité, et qui définit, une fois de plus, ton bonheur en ce monde malgré toi ?

Contre la Secte Rouge-Verte, il faut donc soutenir un triple paradoxe : c'est le fait de ne plus toucher à la nature qui abimera celle-ci, aboutira à ne pas réparer les dégâts déjà produits, mettra définitivement hors de portée le mieux-disant écologique. C'est renoncer à la croissance qui multipliera les dégâts que celle-ci peut occasionner. C'est la volonté de planifier l'avenir qui aboutira au désordre maximal, aux choix arbitraires, à l'allocation absurde des ressources.

 

Secte et catastrophisme

Pour avaler la prétention à connaître de la Secte rouge et ses “remèdes”, il faut, enfin, partager le discours catastrophiste, partout diffusé, sur ce monde qui s'en va ! C'est l'essence même du Marxisme, mais il y a trouvé une jouvence : la marche au désastre du Capitalisme emporte cette fois la biosphère elle-même, camarade terrien ! L'Internationale verte sera le genre humain, ou celui-ci ne sera plus (etc., sans changement pour la “table rase” et toute cette sorte de choses) !

Mais une telle présentation orientée au désastre n'est qu'une pétition de principes, d'ailleurs mille fois démentie, qui se prend pour une certitude. Un discours de pouvoir, auto-référencé et auto-justificateur. Le discours catastrophiste est le point de départ de toute secte, et la Secte Rouge-Verte le parle couramment. Aujourd'hui, face aux difficultés des temps, ce genre de propos se vend bien. La Secte Rouge-Verte, Vulgate et avenir de la politique ? Help !

 

Secte Rouge (II ): méthode d'ingouvernabilité

La méthode de gouvernement proposée semble, quant à elle, en totale contradiction avec les objectifs, et même avec l'idée d'atteindre des objectifs ! Exeunt la Vème République, son président élu par tous et qui gouverne. Triste manie de la VIème, qui contamine tant de forces politiques : régime parlementaire, et place à la proportionnelle intégrale. De cette manière nous serons tout-à-fait sûrs de livrer le pays aux coalitions instables, aux petits partis faisant chanter les grands pour faire une majorité, aux retournements d'alliance. La France deviendra, en un mot, ingouvernable ! En fait, elle le redeviendra. Mais pourquoi, dès lors, appeler VIème République ce que nous avons si bien connu par le passé, cette régression tout schuss vers les IIIème et IVème... ? Pourquoi ré-écrire une constitution : il suffit de restaurer une des précédentes ! Là encore, on peut penser des solutions à la crise de la démocratie représentative, mais quant à prétendre en sortir par l'assurance de la chienlit... Et quelle fin misérable fera, comme d'autres, ce pouvoir qui n'aura rien gouverné !

 

Secte Rouge (III) : des figures de l'Immonde

Enfin la symbolique est au sommet, au coeur de ce que l'on ne peut que honnir de la Secte Rouge : les mythes qui demeurent et les images qui ne changent pas, drapeaux à l'effigie de Che Guevara claquant dans les meetings... ! Che Guevara, cette icône de l'imposture, cette figure de l'Immonde au XXème siècle, cet assassin ! Et ce discours d'un dirigeant de la Secte Rouge lors de la mort d'un triste tyran tropical... Meurtrier plus encore que Guevara, lequel n'eut pas le temps d'autant nuire, violateur constant des droits de l'homme. Un grand moment que ce discours, surréel retour à la novlangue du Politburo de l'Union Soviétique. Il fêtait le grand “libérateur des peuples”, exaltait la mémoire de cet “exemple éternel”... Mais quelle horreur que ceux qui n'ont rien oublié ni rien appris !!

Faut-il donc tout (re)jeter de la Secte Rouge ? Allez, retenons-en si l'on veut la dénonciation justifiée de l'austérité, l'appel au contrôle des forces de la finance, l'objectif de zéro sans-abri en un quinquennat... Et, pourquoi pas, le “recall”, la possibilité de faire révoquer des élus -comme en Suisse ou aux Etas-Unis ?

 

Nouvelle Secte Brune, ou nationaliste (I) : ourselves alone !

Ayant renié son fondateur, guérie c'est juré de toutes ses lèpres passées, voici maintenant la nouvelle Secte Brune ! Secte toujours, pourtant : il en va en 2017 de “l'âme de la France”, des “patriotes” contre les “mondialistes” , il faut rejoindre “le seul parti qui sait où il va”. Tout le reste, en conséquence, c'est le “système”. Etre seuls dans le vrai, luttant contre le Moloch que les autres ne voient pas et contre ses affidés, nous voilà bien en Secte...

La difficulté pour adhérer, ici, c'est que le programme est un authentique tissu d'inepties économiques. Son effet sera d'autant plus consternant qu'il semble faire florès en Europe, et a déjà gagné l' Amérique. Constitué qu'il est de si vieilles lunes, il risque fort de connaître un échec planétaire...

 

Nouveau bonheur d'être français

C'est donc la promesse d'un “protectionnisme intelligent” que nous adresse la Nouvelle Secte Brune, clé de voûte de l'édifice idéologique. Mettre en place des taxes aux frontières sur les produits de secteurs stratégiques -seulement eux, promis !- rendra les nôtres plus compétitifs. Cela arrêtera les délocalisations, “l'hémorragie” (!) des emplois, en incitant à re-fabriquer en France, puisque l'import sera taxé. Si l'on y ajoute le blocage de l'invasion migratoire, la préférence nationale pour l'emploi et les prestations sociales, la défense des avantages sociaux, l'on tient la recette du nouveau bonheur français.

Bien sûr, ayant jeté l'Euro par-dessus les moulins, nous quitterons l'U.E dans un Franxit rieur, recouvrant nos souverainetés, maîtres chez nous, amis de Poutine et retirés des lieux de conflit. Que de promesses de volupté !

 

Protectionnisme contre protectionnisme

Le problème, bien évidemment, c'est que le “protectionnisme intelligent” est un peu comme le nationalisme ouvert aux autres, il n'est qu'un oxymore dépourvu de toute possibilité d'exister ! Les autres, en effet, ne resteront pas bouche ouverte, subjugués par notre audace... L'engrenage des années trente est là pour nous l'enseigner. L'entrée dans le protectionnisme entraîne immédiate rétorsion, et le premier qui tire est mort, lui aussi. Nos débouchés extérieurs s'effondreront, sans que les marchés intérieurs ne le compensent. Car c'est là qu'il faut prévenir la ménagère, lui dire qu'elle sera la dinde de la farce ! Elle paiera tout plus cher, ce qui sera taxé aux frontières comme ce qui sera intégralement fabriqué de nouveau en France : sa voiture, par exemple. Une baisse massive du pouvoir d'achat sera donc inévitable.

Un même raisonnement s'applique à la monnaie : “recouvrer notre souveraineté” monétaire permettra, c'est évident, de faire varier le Nouveau Franc Bleu Marine au mieux de nos intérêts. Par exemple, de le faire se dévaluer pour exporter mieux. Bis repetita, pourtant : les autres ne resteront pas bouche ouverte, subjugués....etc. ! Cette situation, elle aussi typique des années trente, s'appelle la guerre des monnaies. Recréons, patriotes de France, un contexte si prometteur dont notre pays a tiré tant d'avantages !!

Qu'en penseraient les innombrables agents qui, dans le monde entier, ont prêté à l'Etat français ? C'est ici que la Nouvelle Secte Brune nous brandit sa trouvaille : nos contrats de prêt sont rédigés pour l'essentiel sous l'empire de la Lex Monetae... ! Cela veut dire concrètement que le créancier doit accepter le changement de monnaie : celui qui détiendra un bon du Trésor en Euros l'aura désormais libellé en Francs. Le Franc se dévaluera mais nous n'aurons pas à rembourser en Euros.

Argument bien évidemment fallacieux : exposés à plus de risques de non-remboursement, les prêteurs exigeront des taux d'intérêt plus hauts. Cela alourdira les remboursements. Mais le premier mouvement sera une fuite éperdue des capitaux vers l'Europe du nord. C'est d'ailleurs exactement le scénario anticipé par l'Allemagne. Cela n'est souhaité ni par elle ni par personne de sérieux, mais, désormais, envisagé...

 

Inepties collatérales

Joyeuseté collatérale à cette perte de pouvoir d'achat, à cet endettement accru : comme d'habitude, le protectionnisme produira de la rente, dispensera de concurrence. Il désincitera donc à l'effort, à la qualité, à l'innovation. Enfin, dans le monde où nous sommes, de nombreux biens ont un contenu technologique très coûteux. Ils ne peuvent s'amortir sur un seul, trop petit marché national, surtout en Europe.

A quoi s'attendre, dès lors, après le repli derrière nos frontières ? Outre la hausse des prix, à une diminution du “contenu technologique des biens”. Cela ne signifie rien d'autre qu' un ralentissement, voire un arrêt du progrès technique. Celui-ci est pourtant indispensable à de nombreuses autres avancées : ainsi à l'écologie, à la préservation des ressources naturelles. Pour cela, il est fondamental que la technologie, comme dans l'automobile par exemple, continue sa marche en avant. La technologie conditionne aussi les gains de productivité, point-clé pour obtenir plus de richesse à se partager... Ajoutons que les “emplois rapatriés” seront moins qualifiés, moins rémunérés, à moins que l'on leur substitue de la machine : mais alors ils seront peu nombreux !

Imaginons enfin la pression que feront les secteurs non protégés par des taxes afin de jouir eux aussi de cette rente de confort ! Le protectionnisme aura donc de fortes chances de se propager, les intérêts économiques sachant parfaitement comment s'organiser pour exercer de telles pressions.

Il faut donc crier notre rejet de telles folies, dissuader le plus possible nos compatriotes de voter pour la Nouvelle Secte Brune et ses recettes de la catastrophe !
 

 

Nouvelle Secte Brune (II) méthode de gouvernement : zizanie promise !

Pour parvenir au pouvoir, il faut à l'extrême-droite, dans la plupart des démocraties, des circonstances exceptionnelles. C'est ce qui pousse ces forces, lorsque n'existent pas de telles circonstances, à muter, afin de se rapprocher du Graal ! Elles abandonnent, ce faisant, ce qui fait le tout-venant des extrêmes-droites. Leur “code génétique” semble alors tomber en sommeil, être mis sous le boisseau lors de leur marche vers la gauche. L'on reprend donc des revendications de l'autre bord, un vocabulaire de défense des “petits” : c'est bien à cela que la Nouvelle Secte Brune doit ses spectaculaires progrès des dernières années. Les points communs rouges-bruns sont d'ailleurs connus : protectionnisme ; anti-élitisme proclamé ; défense des services publics, des petits salaires, des petites retraites...

 

Fonction tribunicienne renouvelée

Nos deux Sectes exercent aujourd'hui en commun cette “fonction tribunicienne”, qui existait dans la république romaine. Ainsi re-baptisée par le politologue Georges Lavau, c'est la voix des sans-grades, le vote des exclus. Apanage autrefois du seul Parti Communiste, et que sa mort -cérébrale !- a obligé à se redistribuer. Vote protestataire, ou vote d'adhésion ? Peu importe, vu du point de vue de la faisabilité de leurs programmes...

Le malheur, en effet, c'est que la Nouvelle Secte Brune nous promet un gouvernement sans consistance. Le tribun ne peut se muer en consul : il sera incapable de se maintenir sans scission très grave, et conflit interne rapide ! Car l'aile droite n'a pas disparu, elle attend son heure ! Sa vision sociétale archi-conservatrice, ses préférences techniques libérales, sa base de classe s'opposent sournoisement à ce qu'est devenu le parti. Cela n'est accepté que pour mieux arriver... Prenons un pari, prévoyons une issue, qui est aussi tirée de l'histoire des extrêmes-droites : une fois dans la place, l'appareil du parti, le coeur des militants, toujours plus purs et durs, plus proches des origines, auront la peau de l'aile gauche...Mais c'est alors gouverner qui deviendra difficile !

 

Secte bleue ou libérale (I) : l'illusion du volontarisme

Dernière venue, et à vrai dire surprenante, la Secte Bleue : voilà donc qu'en 2017 le libéralisme s'exprime en des termes sans réplique, dans un programme parfaitement monolithique et sans nuances, le tout enchâssé dans un vocabulaire aux références religieuses !

 

A analyse erronée, politique fourvoyée !

Le programme du candidat de la Secte Bleue répète la même erreur qui nous a fait tant de mal depuis bientôt dix ans. Son analyse de la situation est celle d'une crise de l'offre ; optique qui s'accompagne d'une forme de diabolisation de la dépense publique, et bien sûr d'une vision apocalyptique de la dette, celle qui “ruinera nos enfants”... Il s'agit là d'un véritable iceberg idéologique, dont la correspondance avec des intérêts de classe est patent, et dont la traduction en politique économique sera un pas en avant au bord du gouffre de la déflation.

 

Plus de la même chose et la France sera sauvée !

Crise de l'offre : favorisons donc l'entreprise, occupons-nous d'elle seulement, et tout ira pour le mieux ! Peu importe le pathétique échec à re-créer de l'emploi, malgré 40 milliards de remise de charges, du quinquennat qui s'achève : il convient de doubler la mise ! Ainsi des 70 000 (soixante-dix mille !!) emplois créés ou préservés, l'on arrivera, pour 80 milliards, à 140 000 !

Bien sûr, cela s'accompagnera de la flexibilité la plus grande...Mais pourquoi l'entreprise embaucherait-elle sans commandes ni demande ? Et qui ne voit que c'est là la politique imposée au sud de l'Europe depuis 2009-2010 ? Que si reprise il y a, cela correspond à une relance par la déflation interne, peu durable, et aux effets sociaux indésirables ? Faudra-t-il, à chaque crise, une contraction généralisée pour en sortir, comme au XIXème siècle ? C'est ainsi qu'en Espagne, les “1000 - euristas” d'avant-crise ont été remplacés par les “500 – euristas”, pour voir le chômage... Repasser sous les 20% ! Que l'Italie vacille encore et toujours au bord de la déflation. Que la Grèce, le cas le plus monstrueux, s'est amputée du quart de sa richesse nationale, tout cela pour voir son chômage exploser, et sa dette augmenter par rapport à son P.I.B -évidemment !

 

Crise de la demande et non de l'offre

Là encore, les similitudes avec les années vingt et trente, qui regorgeaient d'analyses de ce type, sont significatives... C'est ainsi que Churchill, en 1925, se propose de diminuer les allocations de chômage ; que Laval, en 1935, réduit les traitements des fonctionnaires, et que même le grand Roosevelt, en 1937, inquiet du déficit budgétaire, où inquiet que l'opinion publique s'en émeuve, freine la dépense – replongeant in petto son pays dans la déflation !

Qui ne voit donc que le chaînon manquant est la croissance ? Même la Commission Européenne semble le soupçonner, avec le “plan Juncker”. Sa dimension dérisoire évoque à vrai dire les mesures du président Hoover (1928-1932), pour lequel la prospérité était “au coin de la rue” : bis repetita jusques dans les incantations... ? Notre secte bleue, dans sa certitude qu'il faut “casser la baraque” est exactement dans la même logique. Son programme ne prévoit quasi-rien pour la demande -enfin, si, une hausse modeste du salaire direct ! Mais comme tout le monde, et non les seuls salariés, sera concerné par deux points supplémentaires de T.V.A...

 

Le plus inopportun de tout : la plongée dans la déflation

Le pire de ce programme n'est d'ailleurs même pas là ! Il est dans l'obsession de réduire la dépense publique à marche forcée, afin d'alléger la dette...Les absurdités qui se racontent sur la dette, et dont la Secte Bleue reprend l'antienne sans discernement ni intelligence, seront évoqués dans le volet II.

Mais alors même que nous sommes en quasi-déflation, avec une croissance faible, c'est à peine si l'effet de la suppression de cent milliards de dépenses publiques peut s'imaginer ! Autant actionner les aéro-freins d'un avion en plein vol ! C'est, dans les temps actuels, folie pure que cette coupe à vif dans la demande, dont la dépense publique est une composante considérable ! Tandis qu'on ne remplacera pas 500 000 fonctionnaires, que l'on paiera 37 heures les 39 heures restaurées des autres, l'on verra la France, les yeux bandés, sauter à pieds joints dans le gouffre de la déflation, puis s'y enfoncer !

Ce sera la course folle, à la grecque, entre les déficits qui se creuseront faute de croissance, et la nouvelle rigueur, exigée du budget suivant. La même chose qu'aujourd'hui, en somme, mais en couleur, en musique et dans les grandes largeurs ! Faudra-t-il mille ans d'échec à la Secte pour que le réel parvienne enfin jusqu'à elle ?!

 

Economiste effaré !

Il est donc tout-à-fait effarant de voir préconisées, et avec quelle arrogance sectaire, comme des vérités reçues, un faux bon sens, de telles absurdités économiques ! Entendons-nous bien : on peut partager le goût de l'entrepreneuriat, et aussi vouloir que notre pays réduise déficits et endettement. On peut même penser qu'il le faut impérativement par beau temps, s'agacer à juste titre que la France présente depuis quarante-deux ans (!) des budgets déficitaires ! Et le nombre de fonctionnaires n'est pas gravé dans un marbre éternel. Mais pour que cela change, il faut remettre les boeufs avant la charrue : que la croissance revienne d'abord, et, au fur et à mesure, réduire en dues proportions, et en suivant le trend de croissance, déficits et endettement ! Passer sous revue les fonctions de l'Etat et de ses démembrements avant de décider du nombre de postes à supprimer. Nous y reviendrons dans le deuxième volet, celui des problématiques orphelines...

 

Secte Bleue (II), méthode de gouvernement : le mandat impératif à l'envers !

Face à la crise de la démocratie représentative, c'est une tentation pour beaucoup de recourir à un “mandat impératif”. Dans une telle conception politique, énoncée dans la phase radicale de la Révolution Française, l'élu est sous contrôle. Il est à l'assemblée, non pour représenter comme aujourd'hui, mais pour faire un certain nombre de choses pré-définies. Mais cette fois c'est à l'envers que le définit la Secte Bleue : certains ont inventé le programme intégralement annoncé à l'avance, dont l'inflexibilité est le gage de la sincérité ! De cette manière, le nouveau président aura comme un mandat impératif d'appliquer ledit programme intégralement ! Voilà cette vieillerie populiste et totalitaire, jamais appliquée, ressuscitée par le haut ! Par la Droite !

 

Naïveté du “faire”

Mais peut-on rêver plus grande naïveté ? Le système reste représentatif, et l'on y élit un homme plus qu'on vote pour un programme. Qui vote en accord intégral avec ledit programme, et qui l'a vraiment lu ? Ainsi par exemple, quelle ne fut la surprise de nombreux Français, en 2013, de se retrouver imposables... Enfin, en 2017, la meilleure chance d'arriver de la Secte Bleue sera, dans un éventuel second tour, le rejet de la Nouvelle Secte Brune : quelle adhésion ! Quel fondement sûr pour dire ensuite au bon peuple : je vous l'avais dit, vous l'avez voté, je le fais !

 

Méthode de gouvernement... pour la guerre sociale !

Car enfin, il faudra imposer de la sorte le fond du programme de la Secte Bleue ! Relisons...Dans un cadre de réduction forcenée de la demande, de taille dans les dépenses, de diminution du salaire des agents publics, augmentés moins que leur surplus de travail...Il suffira de faire voter -puisque c'est dans le programme !- la flexibilité, la diminution de durée des allocations chômage... Et on ne sait quoi sur la Sécurité Sociale ! Ah, j'allais oublier de vous dire, mais vous le savez déjà, puisque c'est dans le programme : je supprime l'ISF ! Je laisse à penser la fête que firent les partenaires sociaux...Je laisse à deviner l'impasse d'impopularité, voire de haine sociale dans laquelle se retrouvera très vite coincé le gouvernement de la Secte ! Posant de nouveau en famille devant son château sarthois, le Gourou pourra-t-il alors répéter qu'il faut “affirmer ses valeurs”... ?

 

Secte Bleue (III) et image : de quelques catastrophiques connotations

Mais après tout n'est-il pas vrai qu'il faut affirmer ses valeurs ? Eh bien, oui... Sauf peut-être quand elles donnent, alors qu'on veut gouverner une société, l'impression qu'elles sont celles de sa partie la plus rétrograde, la plus réactionnaire, la plus imperméable au temps.

Bourgeois, moi ? Je ne l'ai jamais été” répondait De Gaulle à un imp(r)udent qui se risquait à l'en accuser ! Et pourtant, dira-ton... Eh bien non, De Gaulle “ne l'était pas” ! Et jamais, lui qui vouvoyait son épouse, ne s'est laissé assimiler à un fragment de la nation ! Mais que penser aujourd'hui, en voyant le candidat de la Secte Bleue, si évidemment désigné par un tel fragment ? En entendant un putatif futur premier ministre évoquer l'aspiration à la sécurité des “petites gens” ? Et dans quel monde vit-on lorsque l'on emploie de tels mots ? Le naturel perce, hélas, et il manque tragiquement, en l'espèce, d'universel.

 

Conclusion : de la fonte des icebergs

Ce sont les phases de peur, d'incertitude, d'abdication critique qui font le succès des Sectes ! Mais dans les eaux plus chaudes du de la Raison et du réel, les icebergs n'ont pas d'avenir. Il se peut, que, dans notre désarroi ou notre distraction, nous les laissions s'ancrer trop près. Mais leur échec au pouvoir est assuré, comme, probablement, la scission et la désertion sont leur destin ! La fonte, en somme...

Mais quelle sont donc les voies/x de la Raison ? Le signataire de ces lignes a déjà déterminé son vote, mais il ne vous en dira rien ! D'une part parce que l'isoloir est le plus bel instrument de la Démocratie, l'anti-secte par excellence ! D'autre part, il tient avec Richard Rorty, le regretté philosophe américain, qu'une “politique de l'espérance absolue n'est pas une politique” : il n'y a donc point de contagieux enthousiasme à transmettre, point d'homme providentiel.

C'est même le motif pour lequel il fallait, comme en théologie, commencer par un “moment apophatique”, qui dit ce que Dieu n'est pas – en l'occurrence ce que la politique du pays ne doit pas être !

En conséquence première, les voies/x de la Raison sont celles de la défiance envers les projets à clé unique ! Les trois Sectes ont derrière elles leur passé d'échec. Qui donc peut croire aujourd'hui que planification, fermeture ou libéralisation forcenée nous sortiront de la crise ? Les voies/x de la Raison, sans s'y enfermer, se nourrissent d'histoire : c'est cela même qui permet d'échapper aux désespérants cycles politiques, au retour des mêmes vieilles ornières !

Pour le deuxième moment, celui du choix et des définitions positives, il appartient à chacun. On ne peut qu'espérer l'éclairer, en soulevant quelques problématiques, urgentes mais laissées quelque peu orphelines dans la France d'aujourd'hui.

A suivre...

 

Hippolyte Feillens (pseudonyme d'un fonctionnaire scrupuleux sur l'obligation de réserve)

Ailleurs et d'ailleurs: les trois sectes et les voies/x de la Raison
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