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 CursusMundi

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L'art de la synthèse, la culture de l'honnête homme. Site animé par Guy Perrin et Nicolas Léger


Le coronavirus et les assassins de l’avenir

Publié par Hippolyte FEILLENS sur 2 Juin 2020, 09:59am

Le coronavirus et les assassins de l’avenir.

An de grâce 2020, en ce neuvième jour de Notre Confinement !

Vous la préférez en mode comique ? Alors voilà que m’est revenue, je ne sais trop pourquoi, une (très) vieille chanson d’Aznavour… « Ils sont venus, ils sont tous là, elle va mourir la Ma-mma-a-a-a… » ! Chanson qui, ce doit être mon vieux fond irrévérencieux, a toujours produit sur moi un effet « fou rire » irrésistible, peu prévu par l’auteur, j’imagine ! Eh bien, remplacez la Mamma par, au choix, « la société de consommation », « la mondialisation », « l’agriculture marchandisée », « l’Union Européenne », « la libre circulation des personnes », « le tourisme de masse », voire carrément « notre civilisation », et vous aurez l’ambiance actuelle, les commentaires apocalyptiques qui accompagnent nos peurs de coronavirés !

Si vous la préférez en mode tragique, j’ai aussi lu – «… je ne sais plus quand, je ne sais plus où…. » - des articles consolateurs : « mais, attendez, wait a minute… Malgré ce qu’on nous disait, ça marche, c’est accepté, la prise de mesures autoritaires lors d’une urgence sanitaire… Alors, alors… Pourquoi ne marcherait-ce pas aussi en cas d’urgence climatique… ? » - « …Maître Yvon soufflait dans son biniou… » !

Le plus frappant est bien sûr la gourmandise de toute cette hystérie ! Fléau de Dieu, sourire de l’enfer, notre société -haïssable, la pire des pires qui fut jamais- va enfin expier ses péchés : il n’est pas de prophétie qui ne soit tissée de « wishful thinking », et ils sont aux aguets, les vendeurs de solutions en kit, les géniaux prophètes du passé, les je-vous-l’avais-bien-distes ! Au sommet de l’abject, avez-vous vu sur la Toile -il m’est parvenu, jour d’horreur, que Dieu me foudroie, par une de mes anciennes étudiantes !-, ce dialogue entre « Univers » et «  Corona », qui explique qu’il fallait s’attaquer à sa vie par son « souffle », pour que l’homme réalise ses ravages sur la Terre-mère… ??? !!

Quant à nous, c’est notre télé-job, nous garderons raison ! Ces annonciateurs de l’après semblent se regrouper en deux feux de camp : nos amis de gauche les décroissants, et nos amis de droite les refermateurs. Rampons dans l’herbe haute, puis attaquons-les par surprise ! Un postillon suffira…

Au fond de la décroissance, toujours les mêmes cauchemars : l’hubris de l’homme lui fait croire en la croissance éternelle, en sa supériorité d’espèce, en sa maîtrise de la Nature, lui qui n’en est qu’un éclat ! Une pandémie, et hop ! Le voilà brisé en son orgueil… Et ce n’est qu’un signe du Collapsus qui vient… Toujours le même prophète : Malthus, le Grand, brièvement occulté par ce faux progrès à crédit, les révolutions industrielles ! Déforestez, exploitez Mère Nature, allez au bout du « dépassement », C02, CO2 ! Il en viendra d’autres et de pires des pandémies, des tsunamis, des feux en Australie !

Il y a là le plus vaste délire de notre époque ! Je rejette de la manière la plus nette l’ensemble du raisonnement ! C’est bien au contraire parce que l’homme est un être à part, supérieur -cela ne veut dire ni « propriétaire » ni « ayant tous les droits »- aux autres, qu’il est capable de se prendre lui-même comme objet de pensée, de choisir son type de société ET de rapport à la nature, pour le pire comme pour le meilleur ! Lui seul est une « personne » -il est terrifiant et inepte à la fois d’entendre parler de « personne animale » - terrifiant, car gros d’anti-humanisme, et inepte, car fondé sur rien ! Au passage, je ne saurais trop vous conseiller la lecture, à cet égard, de Plaidoyer pour l’Universel, fonder l’éthique de Francis Wolff. Capable de raison, d’une pensée de l’universel, et non pas seulement de sentir jouir et souffrir, il est le seul ouvert au « care » pour « la planète » et les autres espèces - sans cette hypothèse, toute écologie est impensable, et même tout décroissant ! Très concrètement, le « renoncer à la croissance » nous rendrait totalement incapables de même réparer les dégâts que l’humanité a déjà infligés à sa biosphère, car cela suscite des coûts considérables que seule une forte croissance permettra d’assumer ! – la décroissance, nouveau gauchisme, est le plus inepte, le plus obscurantiste de tous les choix possibles. C’est d’ailleurs de toute évidence celui de « Greta », c’est tout dire ! Sa seule perspective est la régression, son idéal -chez les plus extrêmes- la petite communauté des chasseurs-cueilleurs. Cela sort tout droit des années soixante-dix : relisez le – réellement passionnant !- Marshall Sahlins, Société primitive, société d’abondance…Mais relisez aussi le non moins passionnant Norbert Elias, La dynamique de l’Occident, dans lequel il montre les effets de civilisation, d’intériorisation des pulsions, que produit l’interdépendance croissante entre les hommes -portée à son sommet par la mondialisation-… Cela nous aide à comprendre où nous mèneraient toute régression communautaire, la collapsologie, les fantasmes d’une existence « locale » à l’extrême.

Pardonnez-moi d’aggraver mon cas, et de m’enfoncer plus avant dans le politiquement incorrect : la prétention à la science qui sous-tend les discours décroissants et catastrophistes de tout type m’est insupportable ! La secte la plus désespérante pour l’intelligence est à cet égard extinction-rébellion ! Les scientifiques les plus optimistes estiment qu’avec deux millions documentées, nous connaissons un cinquième des espèces existantes -leur nombre est donc estimé à huit millions. L’ONU, en Mai 2019, publie un rapport sur les 86 000 espèces qu’elle a fait étudier. Il appert que 26 000 de celles-ci sont menacées, à des degrés d’ailleurs divers -gravement comme l’Orang-Outan d’Asie, plus modérément comme l’éléphant d’Afrique… 26 000 sur 86 000 c’est un peu le même rapport que 2 millions sur 8 millions …. Mais il serait statistiquement inconséquent de proclamer « deux millions d’espèces sont menacées », du fait du gouffre de notre ignorance ! On applique donc un principe de précaution statistique, en réduisant l’estimation d’un million, à un million… ! Que de gros titres, que d’inepties, voilà « l’extinction du vivant » !

On espère donc de la pandémie, c’est bien logique, qu’elle aboutisse à suspendre cette croissance mortifère, cette économie qui tue, cette mondialisation assassine ! Un conseil : allez donc vendre cette idéologie en Afrique, en Asie, partout où le décollage économique commence… Mais ne restez pas à portée de caillou !! La dernière cible des inquisiteurs y est d’ailleurs l’homme lui-même. « Accepteriez- pour sauver la planète de réduire votre descendance ? » est un questionnaire qui m’est REELLEMENT parvenu ! A moi ! Tiens, cela tombe bien : Arte a diffusé Mardi soir 24 Mars un extraordinaire documentaire « Théma » sur les horreurs, les crimes et la sottise du planning familial issu de la même ONU – replay, d’urgence ! Mais Malthus un jour, Malthus toujours ! Dès son époque, ses théories se sont trouvées démenties… Mais aujourd’hui plus encore : d’une part la transition démographique est à l’oeuvre (presque) partout, et c’est, bien sûr, l’effet de la croissance et du développement. D’autre part, Sahel : 4,2 enfants par femme -c’était plus de 6 il y a 20 ans- ET croissance économique supérieure à croissance démographique ! Il n’y a à espérer ni soulagement des maux, ni transition démographique, ni restauration de la nature, si la croissance devait s’arrêter. J’envisagerai quelque autre jour de discuter de la question climatique…

Laissons à leur partage de galettes de bouse nos amis « décroissants » et allons jeter de l’eau sur le feu de nos amis les refermateurs. Là, c’est plutôt « Dans la vallée…De Dana…Chants de guerre près des tombeaux » qui me revient en tête – c’était, mes enfants, du temps des « discothèques » où l’on était serrés, serrés… ! Mais je m’égare, venons-en au fait : Connaissez-vous le Grand Saint-Antoine ? C’est une « flûte », un navire marchand, parvenu dans le port de Marseille… Oh, bien avant l’idéologie mondialiste décadente, le libre-échange qui ne profite qu’aux riches, l’ouverture irresponsable et les vagues de migrants violeurs et assassins : le 25 Mai 1720 ! Dans ses cales, des rats, porteurs d’un bacille que l’on croyait mort : celui de la peste. Elle fera 100 000 morts. 600 personnes meurent par jour dans Marseille en Août 1720…Une des plus grandes inepties que l’on puisse entendre en ces jours d’huy est celle de la refermeture des frontières ! Ou alors il faut l’imaginer totale, sans failles : le rêve du modèle nord-coréen ? Mais non, même pas, ils ont deux zones économiques spéciales et des contacts avec… La Chine ! Dommage : même les Kim n’ont pas réussi le contrôle absolu ! A qui se fier de nos jours, je vous le demande ?

C’est bien le fantasme de la démondialisation, du barrage contre le Pacifique, de nations encloses autant que sauves, de la fin des abominables délocalisations, qui nous est proposé... Peste métaphorique de tous les maux d’un monde sans boussole, sed beatus coronavirus, notre conscience retrouvée ! Nous sommes ici, par une étrange tectonique des plaques politiques, sur un continent nouveau -ou réémergé ? - une Pangée qui réunit extrême-gauche et extrême-droite, dans leur commune détestation d’un monde ouvert et commerçant ! Tant la pensée décroissante que la haine de la mondialisation sont une extension du domaine de l’analyse marxiste -trotskyste pour mieux dire ! Toujours exploiteur, le Capitalisme est fauteur de l’Anthropocène, l’exploitation s’étend à la biosphère et à tout le vivant, la mondialisation en est le moyen ! L’extrême-droite ne va pas si loin dans l’analyse -quel intérêt, l’extrême-gauche travaille activement pour elle, il suffit de recalquer une partie du programme rouge-verdâtre ?- mais elle est beaucoup plus efficace ! Enfermée dans son idéologie simplette et monomaniaque, l’extrême-gauche n’a jamais voulu comprendre ni admettre la force du sentiment, du lien national, tout spécialement dans ce qu’elle proclame être son électorat naturel – « la nation, ce bien des pauvres » disait Jaurès ! L’extrême-droite sait fort bien s’en emparer, et pervertir en nationalisme toute la beauté du patriotisme, faire croire aux pauvres qu’ils seront mieux sans les Autres, à frontières closes, hors des tentacules de l’Alien Europe ! Le « Rassemblement » National nous promet ainsi un « protectionnisme intelligent », l’enterrement du « premier mort du coronavirus : l’UE », comme le proclame Marine Le Pen ! Et de récupérer, bien sûr, le « localisme », proclamé seule véritable écologie ! C’est faire fi de quelques vérités élémentaires…

Aujourd’hui, sauf à organiser une systématique régression technologique, de variété, et de pouvoir d’achat, nulle économie européenne ne peut se passer de « l’ouverture des frontières », de l’échelon de production au minimum européen ! Il faut dénoncer l’ignorance du lamento sur les « délocalisations » : moins de 10 000 emplois par an sur des centaines de milliers créés et détruits. Il faut rappeler que le système productif actuel est complexe, multi-localisé… Qu’il a sorti par là même des milliards d’hommes du sous-développement, nous a procuré pouvoir d’achat et diversité ! Qu’il est tout de même incroyable de dénoncer l’Union Européenne pour « défaut de solidarité », alors qu’on lui a refusé jusqu’au droit d’exister, voté toujours contre elle et contre ses financements… Et plus encore alors que son budget représente 1% de son P.I.B ! Ce n’est pas qu’elle soit parfaite, la pauvre Europe ! Je suis d’autant plus à l’aise pour le dire que je n’ai eu de cesse, depuis 2009, de dénoncer ses orientations économiques – elles vont, pour sûr, changer ! Mais d’ici à pratiquer le saut de la falaise…

Il faut aussi rejeter le discours inepte, zemmouro-mussolino-vychiste, -immonde, en somme !- d’une civilisation/nation conçue comme une essence éternelle, devant conserver son « homogénéité » entendue comme pureté… Et plus encore vomir la théorie du « remplacement », dans un pays, la France, où le solde migratoire 2019 est de… 46 000 personnes ! Oui, c’est ça : 0,07 % de la population ! Evidemment nous pouvons et devons l’assumer ! Reparlons d’intégration, si vous voulez ! Mais il est clair que le coronavirus n’aura nullement pour effet -sauf s’il s’attaque aussi à la raison- la démondialisation, la dés-Européisation, le splendide isolement !

Un dernier détail à ce sujet : la mondialisation est aussi celle des idées, de la recherche, d’une collaboration -ou d’une saine compétition- entre équipes médicales, une émulation facteur-clé de promptes découvertes ! La querelle sur la chloroquine -idée de traitement issue de Chine, pratiquée à Marseille dans la foulée, discutée par l’OMS- est à cet égard exemplaire. Faudra-t-il châtier l’impudence de ces Chinois, auquel le développement issu de la mondialisation a fait pousser des ailes, qui sont compétitifs en matière de soins aussi, et refuser l’entrée à leurs idées ??!

Mais il faut concéder : même loin de tous ces fantasmes ineptes, il y aura pourtant un « après-covid19 » ! Plus exactement, il aura mené à la coalescence d’un nouveau paradigme jusque-là diffus, suggéré, avancé par d’aucuns sans trop d’écho ! La dernière partie du premier message d’Emmanuel Macron, le Jeudi 12 Mars, le donnait à entendre. Il y évoquait la perspective de ne plus laisser à « d’autres » ce qui nous est nécessaire en première nécessité, et, plus clairement encore, le ré-engagement de l’Etat dans l’économie. Même si l’âge rend modeste, j’avoue être assez fier d’avoir fait découvrir, cette année, à mes étudiants, l’économiste Dani Rodrik, et tous particulièrement son ouvrage Straight talks on trade : ideas for a sane world economy. A l’écart de toute idéologie pré-mâchée, de tout prêt-à-penser, il y montre l’abandon probable du « tout-mondialisation », du libéralisme idéologique, de l’horizon d’attente d’un monde « plat » pour « citoyens du monde » ! Non pas l’abandon de la mondialisation, mais l’inventaire de son utilité ; non pas le repli, mais le droit conservé de ne pas tout «ouvrir» au risque de la béance ; non pas le laxisme budgétaire, mais le droit de l’Etat à ne pas être inerte en temps de crise ; l’abandon du fétichisme du marché, comme de la manie des déficits zéro ; non pas la re-soviétisation, mais le droit de fixer des priorités ! C’est ici la querelle des masques médicaux qui peut nous indiquer l’infléchissement : était-il raisonnable de renoncer à des stocks qui coûtaient à l’Etat la somme insignifiante de 15 millions d’Euros ? De manière analogue, le soutien sans précédent annoncé par l’Etat à l’économie n’est-il pas le signe annonciateur -enfin !- de la résurrection de Keynes -comme le prédisaient quelques grands prophètes !!

Il reste, dans ma boîte, une dernière gifle ! C’est celle aux extra-lucides qui avaient tout prévu, toujours-déjà tout dit, et critiquent toute décision ! Là encore, deux côtés, mais qui n’en font qu’un : pressés de fourguer leur camelote idéologique, ils s’attaquent le plus souvent aux fondements même d’une société, la nôtre, qu’ils pensent mauvaise en son essence, plus qu’au gouvernement ! Eh bien, je suis à l’opposé ! Je demeure attaché à notre forme de société libre et démocratique, chargée de défauts mais bonne en son fondement ! J’aime mon époque, n’aurais voulu vivre en aucune autre. J’apprécie le monde mondialisé, et je suis pro-européen ! Je ne veux pas laisser des prophètes de malheur, des faux scienteux, des philosophes du néant de l’homme, des fascismes hideux de toutes les couleurs défraîchies pervertir l’espérance et l’humanisme 

So help me God ! I love you all, watch yourselves and your beloved ones !

Hippolyte FEILLENS

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